Faire de la place aux autres : Paloma Duran sur le PR, la mode africaine et l'art du récit authentique

 
 
Collage PR Consultant PALOMA DURAN

PALOMA DURAN

 
À travers mon travail, j’aide des marques et des créatifs à construire des récits authentiques à fort impact et ancrés culturellement, sur différents marchés. Ce qui me motive vraiment, c’est mon amour pour la création de communautés, le fait de rassembler les gens, de connecter les mondes et de bâtir des ponts entre les cultures.

Paloma Duran construit des ponts. Consultante en PR et notoriété de marque à l'intersection de la mode, de la culture et du storytelling global, elle a construit sa pratique en aidant des marques et des créatifs à trouver leur place dans des marchés qui ne sont pas toujours pensés pour eux. Qu'il s'agisse de connecter les talents africains aux audiences internationales ou de donner forme aux récits d'initiatives culturelles, son travail repose sur une conviction : la visibilité n'est pas seulement une question d'exposition, c'est une question d'appartenance. Récemment nommée directrice PR, Culture et Événements pour le nouvel ELLE Afrique Francophone, elle porte cette conviction avec elle. Dans cette conversation, elle revient sur son parcours dans les industries de la mode et du luxe français, sur l'apprentissage de revendiquer sa valeur, et sur pourquoi, selon elle, la chose la plus puissante que l'on puisse faire, c'est de faire de la place pour les autres.

 

SON ART

 

Pouvez-vous nous dire ce que vous faites et pourquoi vous en êtes passionnée ?

Je suis consultante en PR et notoriété de marque, à l'intersection de la mode, de la culture et du storytelling global. À travers mon travail, j'aide des marques et des créatifs à construire des récits authentiques à fort impact et ancrés culturellement, sur différents marchés. Ce qui me motive vraiment, c'est mon amour pour la création de communautés, le fait de rassembler les gens, de connecter les mondes et de bâtir des ponts entre les cultures.

Ayant grandi entre différents pays et perspectives, je suis passionnée par l'utilisation de la communication comme outil pour créer des connexions qui ont du sens et des relations durables. Pour moi, la visibilité n'est pas seulement une question d'exposition, c'est une question d'appartenance.

Comment votre travail a-t-il évolué depuis vos débuts ? 

J'ai d'abord travaillé avec de grandes marques et des entreprises en France, où mon impact individuel était souvent limité. J'étais fréquemment réduite à seulement être une femme noire dans une entreprise française et perçue à travers un prisme occidental. Au fil du temps, j'ai eu la chance de rencontrer d’incroyables femmes noires et métissées qui ont compris ma vision et m'ont fait confiance pour changer les choses dans l'industrie. Ça tenait beaucoup du timing, notamment autour de 2019-2020.

Plus tard, en lançant ma propre activité, mon approche a évolué vers l'accompagnement de marques et de fondateurs dans leur façon de communiquer avec intention et de créer des connexions culturelles qui ont du sens, et particulièrement avec l'Afrique en perspective.

J'ai vu des clients et une certaine audience commencer à comprendre et apprécier cette perspective, tout en reconnaissant que mon objectif n'est pas seulement axé sur la visibilité, mais sur la construction de ponts et la mise en valeur de la créativité, du talent et de la culture africains sur la scène mondiale. Les gens me contactent maintenant non seulement pour du PR, mais aussi pour les accompagner à connecter de manière authentique avec différents marchés et communautés. Et c’est exactement ce qui m’anime.

Sur quoi vous concentrez-vous en ce moment ? Des travaux récents à mettre en lumière ?

En ce moment, je me concentre sur l'approfondissement de mon travail autour de la mode africaine et la mise en avant de ses talents africains sur la scène mondiale. Je construis des projets qui favorisent la communauté, créent des collaborations qui ont du sens et mettent en lumière la richesse de la créativité africaine. Plus récemment, j'ai travaillé sur le lancement d’ELLE Afrique.


 
Le WOMEN’S DAY DINNER du ELLE Afrique Francophone  à Paris

Récent événement ELLE Afrique francophone à Paris, le WOMEN’S DAY DINNER, pris en photo par Audrey Mballa, photo fournie par ELLE Afrique Francophone

 

photos d’événements fournies par Paloma Duran

 

SES LEÇONS

L’un des principaux défis auxquels j’ai été confrontée était de progresser dans les industries de la mode et du luxe français, marquées par le racisme et le manque de diversité. J’ai également observé l’invisibilité des femmes dans l’industrie créative de manière plus générale. J’ai fait face à ces obstacles par le travail et en m’entourant de femmes entrepreneures, puis progressivement de mentores. J’ai activement cherché des pairs pour des conseils, de l’inspiration, des opportunités et du soutien. Dans mon travail, je fais aussi un effort conscient pour mettre les talents africains et noirs au devant de la scène, plus particulièrement les femmes, tout en favorisant des collaborations qui mettent en valeur des voix diverses.

Quels obstacles majeurs avez-vous dû surmonter, et qu'aimeriez-vous que les personnes de votre secteur en retiennent ?

L'un des principaux défis auxquels j'ai été confrontée était de progresser dans les industries de la mode et du luxe français, marquées par le racisme et le manque de diversité. J'ai également observé l'invisibilité des femmes dans l'industrie créative de manière plus générale. J'ai fait face à ces obstacles par le travail et en m'entourant de femmes entrepreneures, puis progressivement de mentores. J'ai activement cherché des pairs pour des conseils, de l'inspiration, des opportunités et du soutien. Dans mon travail, je fais aussi un effort conscient pour mettre les talents africains et noirs au devant de la scène, plus particulièrement les femmes, tout en favorisant des collaborations qui mettent en valeur des voix diverses.

Ce que je veux que l'industrie comprenne, c'est que l'inclusion ne peut pas être seulement performative ou ponctuelle. Elle doit être structurelle, intentionnelle et durable, au cœur de la manière dont les entreprises s’organisent, non pas une considération secondaire. Il y a une grande valeur, une créativité et une innovation au sein des communautés africaines et de la diaspora, et elles méritent d'être reconnues, respectées et financées au-delà des tendances.

Une leçon récente qui a changé votre façon de travailler :

Apprendre à ne pas avoir peur de revendiquer ce qui m'est dû : ma valeur, ma légitimité, mes honoraires. J'ai realisé qu'en tant que femme, il peut parfois être difficile de parler d'argent, et la mentalité francaise rend souvent ces conversations inconfortables. Mais j'ai appris qu'être claire, confiante et assumer pleinement ma valeur ne me bénéficie pas seulement à moi, mais cela établit aussi un standard de respect et d'équité dans mon secteur.

Un conseil qui a changé votre façon de travailler :

Ne pas avoir trop d'ego et savoir lâcher prise. Il m'arrive de garder des rancunes, et ce rappel m'aide à aborder le travail de manière plus ouverte et à me concentrer sur ce qui compte vraiment, plutôt que de rester bloquée sur de petites frustrations.

Une habitude que vous essayez d’adopter :

Je veux faire l’effort d’apprendre plus régulièrement d’autres personnes, de partager des connaissances et de renforcer les collaborations, afin que mes projets ne soient pas seulement une affaire personnelle, mais contribuent à une communauté créative plus solide et plus solidaire.

 

SON ÉNERGIE

 

photo de voyage fournie par Paloma Duran

 

Qu'est-ce que vous préférez dans votre travail ?

J'adore amener les gens à connecter. J'adore voir les relations se développer, les idées fuser et les projets prendre vie quand les bonnes personnes se rencontrent au bon moment.

Qu'est-ce qui vous fait avancer ?

La mode africaine.

Comment restez-vous inspirée ?

Je voyage beaucoup.

Où trouvez-vous refuge dans les moments difficiles ?

Je m'appuie sur mon partenaire, mes amis proches, et je me ressource en me reconnectant à mes racines, en retournant au pays, en parlant à ma mère ou à ma grand-mère. Ces moments m'aident à me recentrer et à prendre du recul.

Une devise que vous appliquez à votre vie et votre travail :

"Qui ne tente rien n'a rien." Ça me rappelle de prendre des risques.

Une affirmation qui vous porte en ce moment :

On parle souvent d'avoir une place à la table. Moi, j'ai l'impression de créer ma propre table pour y avoir toujours une place, et d'y faire de la place pour les autres.

 

SA COMMUNAUTÉ

 
La communauté, pour moi, c’est la connexion, le soutien et évoluer ensemble. Ce sont des gens qui se rassemblent, échangent des idées et se portent mutuellement. Dans mon travail, elle s’est manifestée à travers des collaborations, du mentorat et la création d’espaces où les femmes peuvent être vues, entendues et célébrées. La communauté n’est pas seulement un réseau ; c’est une source d’inspiration et de force qui donne plus de sens à tout ce que je fais.

Être connectée à des pairs, des mentors, des créatifs et au public est au cœur de mon travail et de ma vie de manière générale.
 
Evénement Sheek community à Paris, par Sophie Aiida

Photos d’un événement Sheek community à Paris par Sophie Aiida, photo fournie par Paloma Duran

 
 

SA PERSPECTIVE

Y a-t-il des sujets particuliers de l'industrie sur lesquels vous vous penchez en ce moment ?

Ces derniers temps, j'explore les gammes de prix et l'accessibilité des marques de mode africaines. De nombreux créateurs talentueux font un travail incroyable, mais les coûts de production élevés et une distribution limitée peuvent rendre leurs pièces moins accessibles à un public plus large. Je m'intéresse à la manière dont on peut équilibrer qualité, authenticité culturelle et accessibilité, tout en accompagnant les marques africaines à toucher les marchés locaux et internationaux.

Quels défis et opportunités actuels voyez-vous dans l'écosystème mondial de la mode africaine ?

L'un des principaux défis est la visibilité et l'accès : de nombreux créateurs africains talentueux se heurtent à des obstacles pour accéder aux marchés internationaux, aux financements et à une production à grande échelle. En même temps, les opportunités sont énormes. L'intérêt mondial pour la mode africaine est en pleine croissance, il existe un vivier très dynamique de talents créatifs et de plateformes numériques qui permettent aux créateurs de présenter leur travail à travers le monde. Pour moi, c'est un moment passionnant pour aider à mettre les histoires et talents africains au premier plan de la conversation mondiale sur la mode. La Lagos Fashion Week est toujours une bouffée d'air frais.

Quelles pistes pourraient être explorées pour mieux combler le fossé entre les créateurs indépendants et les audiences mondiales ?

Renforcer l'accès aux circuits de distribution internationaux et aux plateformes numériques peut aider à faire connaître les talents au-delà des marchés locaux. Investir dans les infrastructures de production, les chaînes d'approvisionnement et la logistique faciliterait la croissance. Les programmes de mentorat, les collaborations et les partenariats avec des marques mondiales peuvent offrir de la visibilité et des échanges de savoir-faire.

 

Annonce de la marque IAMISIGO comme LVMH Prize Semi-finalist

 

Annonce de la marque YOSHITA 1967 comme LVMH Prize Semi-finalist

 

DANS SON RADAR

Sur quoi portez-vous votre curiosité en ce moment ?

Le Sud global et les ponts que l'on peut construire. Curieuse et vraiment enthousiaste.

Quel événement ou quelle actualité dans la mode vous a récemment enthousiasmé ?

J'ai été tellement excitée de voir les créateurs Bubu Ogisi avec Iamisigo et Anil Padia avec Yoshita 1967 nommés demi-finalistes au Prix LVMH pour les jeunes créateurs de mode 2026. Ces deux marques apportent des perspectives uniques, ancrées culturellement, tout en contribuant à une conversation mondiale de la mode plus diverse, et leurs nominations signalent un changement fort vers la reconnaissance de la créativité africaine sur la scène internationale.

 

SON STYLE

 

Paloma Duran prise en photo par Stephen Tayo dans le concept store Alára à Lagos pour Vogue

 

Les essentiels de votre garde-robe :

Trois : ma pochette en raphia verte Omôl, mes ballerines Chanel et mon hoodie noir Worldnet x Frank Ocean.

Vos destinations favorites pour découvrir des marques africaines et de la diaspora:

Lagos, et ma collaboratrice Zhedy Nuentsa.

Quelques-unes de vos marques favorites :

The Hybride Studio, Super Yaya, Diane V, Yoshita 1967, Tongoro, Kadiju, Oríré, Lisa Folawiyo, Nitemi, et tellement d'autres.

Des pièces que vous avez actuellement à l'oeil :

Les boucles d'oreilles Petaw de Tongoro. Je remarque aussi un vrai vide du côté de la chaussure ; il n'y a pas encore assez de créateurs de chaussures africains, et c'est quelque chose que j'aimerais voir changer parce qu'il y a clairement du talent et de la demande.

 
NDAANEComment