Adaeze Oguzie : Nos histoires méritent d'être considérées

 
 
Collage Lagos Fashion Week Project Director Adaeze Oguzie

ADAEZE OGUZIE

 
J’aime me définir comme une creative brand & cultural strategist qui repense les liens entre mode, style, culture, littérature, et un soupçon d’art.

Adaeze Oguzie est la première à dire que son travail ne se limite pas à un seul et unique rôle. Directrice de projets chez Style House Files | Lagos Fashion Week, elle pilote des initiatives autour du développement durable, de la découverte de créateurs et de la curation de mode. En parallèle, elle anime In The Library, une plateforme littéraire dédiée aux auteurs émergents, et a cofondé ILE ENYO,une maison créative de management pour les artistes visuels et les auteurs dont le travail n'est très souvent pas représenté à sa juste valeur. Ce portrait retrace ce qui relie ces deux missions : la conviction profonde que le talent n'a jamais été le problème, et que le véritable enjeu aujourd'hui est de bâtir des structures à sa hauteur.

 

HER CRAFT

La découverte de talents, la stratégie culturelle, et l'art de promouvoir

 

Tu te décris comme une touche-à-tout créative. Peux-tu nous expliquer ce que tu fais concrètement, et ce qui t’anime dans ce travail ?

Je fais partie de ceux-là qui ne peuvent pas résumer leur travail en quelques mots, mais j'aime me définir comme une creative brand & cultural strategist qui repense les liens entre mode, style, culture, littérature, et une touche d'art. Le jour, je pilote des projets chez Style House Files | Lagos Fashion Week autour du développement durable, de la mise en lumière de créateurs et, parfois, de la curation.

Le soir, j'explore mon amour pour la littérature et les arts visuels en créant un dialogue autour de la littérature, des arts contemporains, de la représentation des auteurs et artistes, et des opportunités pour eux d'avancer dans leur pratique. C'est l'impact qui me motive. Je suis passionnée par ce que je fais du fait que cela implique, d'une façon ou d'une autre, la découverte de talents et la création d'espaces pour qu'ils soient vus, entendus et reconnus. Voir de jeunes créatifs s'épanouir dans leurs domaines me remplit vraiment de joie.

Comment ton travail a-t-il évolué depuis tes débuts ? Et qu'est-ce qui t’a poussée à fonder In The Library et ILE ENYO ?

Je n'ai pas toujours été Directrice de projets chez SHF | LagosFW. J'ai commencé comme responsable de la communication digitale avant d'évoluer vers la gestion de projets. Mon premier projet a été Green Access en 2021. Il m'a ouvert les yeux sur le monde de la mode durable et circulaire, sur les problèmes de notre secteur, et sur les nombreuses possibilités autour de l'innovation textile, de la fabrication et du design. Depuis, j'ai eu la chance de planifier et piloter plusieurs projets à travers différents pays et continents.

Pour ce qui est de In The Library, je l'ai créé par amour pour la lecture. Mais au fil du temps et des conversations, mon amie et associée Chidera et moi avons décidé de lancer ILE ENYO parce que nous avions constaté que les artistes visuels et les auteurs bénéficient rarement d'une bonne représentation et sont souvent laissés pour compte. Nous avons décidé de fusionner nos deux passions : l'art et la littérature. In The Library existe à présent comme plateforme au sein d'ILE ENYO.

Quel est le message au cœur de ton travail ? Qu'est-ce que tu souhaites transmettre ?

Au cœur de mon travail, il y a la conviction que nos histoires méritent d'être vues, protégées et transmises. Je créedes plateformes et des projets qui donnent aux créateurs de mode, artistes visuels et auteurs à la fois de la visibilité et une certaine structure, parce que le talent ne devrait pas exister sans avoir du soutien. Mon travail se situe à l'intersection de la culture et de la structure. Ce qui m'intéresse, c'est la façon dont on peut représenter et élever les voix créatives africaines de manière durable, pertinente à l'échelle mondiale, et ancrée dans la dignité. En ce moment, j'essaie de faire ma part pour laisser le monde plus beau et plus juste que je ne l'ai trouvé.


Sur quoi te concentres-tu en ce moment dans tes différents projets ?

En ce qui concerne In The Library, le focus est sur les salons littéraires, les bourses d'écriture et les ateliers pour les auteurs émergents. Et pour ce qui est de SHF | LagosFW, il s'agit de mener davantage de projets, d'initiatives et d'activations qui donnent de l'autonomie aux créateurs, aux fabricants et artisans locaux.

 
Creative Brand & Cultural Strategist Adeze Oguzie with Omoyemi Akerele and Ezinne Chinkata at Woven Threads VII in Lagos

De gauche à droite - Ezinne Chinkata (fondatrice de la boutique Zinkata), Omoyemi Akerele (fondatrice de Style House Files | Lagos Fashion Week), Adaeze Oguzie (Directrice de projets à Lagos Fashion Week), photo fournie par Adaeze Oguzie.

 

De gauche à droite - Adaeze Oguzie et le curateur Sunny Dolat à l’événement Lagos Fashion Week Woven Threads VII à Lagos, puis présentant le project IRAPADA à Sa Majesté le Roi Charles à l’exposition Terra Carta de l’oganisation Sustainable Market Initiatives, en conversation avec le designer Peter Acha pendant le programme Makers Camp: The West Africa Project à Mason & Fifth, photos fournies par Adaeze Oguzie.
Tout à droite - Adaeze Oguzie avec les journalistes
Ezreen Benissan et Ugonna-Ora Owoh pendant le programme Makers Camp, © University of Arts London

 

HER LESSONS

Sur la visibilité et se rendre visible

Une leçon récente qui a changé ta façon de travailler :

Une seule histoire peut toucher des vies et des générations entières.

Une habitude que tu essayes d’adopter :

Me mettre davantage en avant. Parler plus de ce que je fais et pourquoi je le fais.

 

HER ENERGY

Foi, responsabilité, lectures et conversations

 

Etagères au concept store Gather House à Lagos pendant l’événement WELL WRITTEN organisé par In The Library, photos fournies par Adaeze Oguzie

 

Qu'est-ce que tu préfères dans ton travail ?

La découverte de nouveaux talents.

Qu'est-ce qui te pousse à avancer ?

Quatre choses : la foi et le sens de la stewardship ; mon amour pour la culture et les idées ; la responsabilité envers les jeunes talents ; et l'impact avant l'ego.

Comment restes-tu inspirée ?

La prière, c'est essentiel. Je lis énormément et j'ai aussi de nombreuses conversations avec des amis. J'essaie de cultiver mon cercle de manière créative et intentionnelle.

Une devise qui guide ton travail :

Honorer le don qui m'a été confié.

 

HER COMMUNITY

Conversations, collaborations, et l'art d'être vraiment à l'écoute

La communauté est au cœur de tout ce que je fais. Je pense sans cesse à la façon dont les gens s’y sentent considerés. Une grande partie de mon travail est portée par le désir de créer des espaces où les créatifs africains, et particulièrement les émergents, se sentent soutenus, reconnus, et reliés à quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. Cela a vraiment façonné ma façon de construire et ainsi que ce qui m’inspire. Les plus belles idées naissent souvent de conversations, de collaborations, et d’une vraie attention portée à ce dont les gens ont réellement besoin, plutôt qu’à ce qui fait simplement bonne impression de l’extérieur.
— ADAEZE OGUZIE
 

Moments pendant l’événement WELL WRITTEN organisé par by In The Library au concept store Gather House à Lagos, photos fournies par Adaeze Oguzie

 

HER PERSPECTIVE

Systèmes, structures, et ce dont la mode africaine a réellement besoin

Quelles questions du secteur te préoccupes le plus en ce moment ?

Ces derniers temps, je réfléchis beaucoup à la durabilité au-delà des matériaux. À la durabilité des systèmes qui peuvent être mis en place, en particulier.

Quels défis et opportunités actuels vois-tu dans l'écosystème globalisé de la mode africaine ?

Des progrès ont été faits en matière d'innovation textile et de circularité, mais le vrai défi dans l'écosystème de la mode africaine est structurel : l'accès aux capitaux, les infrastructures de fabrication, la distribution, et faire grandir des marques sur le long terme. Mais en même temps, les opportunités sont nombreuses. À l'international, le grand public est à la recherche d'authenticité, sensible au savoir-faire artisanal et aux récits porteurs de sens. C'est ce que les créateurs africains incarnent naturellement. Le problème n'est pas le talent. C'est l'infrastructure et la médiation.

 

Pettre Taylor designs at the WOVEN THREADS VII: CRAFTED exhibition in Lagos, photo fournie par Adaeze Oguzie

 

Studio Namnyak designs at the WOVEN THREADS VII: CRAFTED exhibition in Lagos, photo fournie par Adaeze Oguzie

 
 

ON HER RADAR

African Style Archive et une industrie qui apprend à définir sa propre valeur

En ce moment, je suis inspirée par le travail d’African Style Archive. Ils documentent l’histoire de la mode tout en faisant dialoguer mode et littérature, ce qui est pour moi le meilleur des deux mondes. Je pense qu’un vrai changement est en cours : la mode africaine et les industries créatives du continent gagnent en confiance pour définir leur propre valeur, et c’est quelque chose que je trouve incroyablement inspirant.
— ADAEZE OGUZIE
 

HER STYLE

En toute simplicité

 

Adaeze Oguzie habillée en total look Ajanéé à la Lagos Fashion Week, photo fournie par Adaeze Oguzie

 

Les essentiels de ta garde-robe :

Des bijoux, une paire de lunettes de soleil, un t-shirt blanc basique, un jean bleu.

Tes destinations favorites pour découvrir des marques africaines et de la diaspora:

La page Instagram de Lagos Fashion Week.

Quelques-unes de tes marques favorites :

Pichulik, Y'Wande, Emmy Kasbit, Ajanéé, Lilabare, Uni Form.

 

AN EDIT INSPIRED BY HER

 

UNI FORM Big Blazer

AJANÉÉ Vented Back Tie Shirt Dress

 

LILABARE Jinko Pants

Y’WANDE Dera Dress

 

EMMY KASBIT Oma Skirt

PICHULIK Lucchi Earrings

 

Adaeze Oguzie revient sans cesse au même constat : l'écosystème créatif africain possède le talent dont il a besoin. Ce qu'il est encore en train de construire, c'est tout ce qui l'entoure. Les structures, les plateformes, la représentation, la médiation entre ce qui existe localement et les publics a l’international qui le cherchent déjà. C'est la mission qu’elle s’est donnée.

Retrouvez Adaeze sur Instagram : @adaeze.og, @in.thelibrary et @ile.enyo. NDAANE CURATORS est une série d'entretiens honnêtes avec ceux et celles qui font le travail dans l’ombre : des chercheurs, des stratèges, des archivistes, des fondateurs, des narrateurs, des opérateurs qui construisent des écosystèmes de mode avec l'Afrique en tête. Lisez notre précédent portrait avec Chloe Asaam et abonnez-vous à la newsletter NDAANE pour suivre toutes les conversations de la série.

 
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